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« Afin d'être efficace, c'est-à-dire de susciter une action ou une réaction auprès d'un public cible, toute pièce de communication doit être issue d'un arrimage d'une analyse de l'environnement, de la compréhension de l'auditoire et du message à véhiculer. »

Raymond Rocan
Idéation et direction créative

Rapport sur le groupe de discussion - L’intimidation à l’école : vers une solution?

Contexte                                

La rencontre, la sixième et dernière de cette première série « CKOI votre opinion », s’est tenue pendant la soirée du 16 février 2012 au Resto-Bistro Rumeur de l’Hôtel V du secteur Gatineau. Une douzaine de participants se sont réunis pour la rencontre. Il faut rappeler que la station diffuse tous les jours des publicités annonçant la tenue des groupes de discussion ainsi que des invitations aux gens à aller s’inscrire pour en faire partie. La rencontre a duré plus de deux heures. L’animateur de l’émission « Solide comme le Roch », monsieur Roch Cholette, a exceptionnellement assisté à la rencontre à titre d’observateur.

 

 

 

Profil des participants

Le groupe était constitué majoritairement d’hommes. Trois femmes en faisaient partie et elles ont largement compensé leur nombre réduit par la qualité de leurs interventions et la pertinence de leurs commentaires. Un seul des participants avait moins de 25 ans. Tous les autres avaient plus de 30 ans. Tous les participants, sauf un, ont vécu, personnellement ou bien leurs enfants, des problèmes liés directement à l’Intimidation en milieu scolaire.

Plusieurs des participants ayant vécu eux-mêmes de l’intimidation étant jeunes, en subissent encore certaines conséquences de nature psychologique selon eux. Plusieurs des participants rapportent aussi que leurs propres enfants vivent actuellement de l’intimidation en milieu scolaire.

Confidentialité

Tous les participants bénéficient d’une complète confidentialité quant à l’attribution des commentaires. Lorsque des photos sont publiées, c’est avec leur autorisation. Les noms des participants ne seront pas divulgués. Les entrevues audio sont aussi réalisées de manière à préserver l’identité de leurs auteurs. Tous les participants ont accepté ces conditions en signant un formulaire de renonciation.

 

Début de la rencontre

Après les considérations d’usage au début de la rencontre expliquant de quelle  façon allait se dérouler les discussions, l’animateur a présenté un reportage télévisé qui servait à remettre les choses dans leur contexte. Il s’agissait d’une  déclaration faite par la mère de Marjorie Raymond, peu de temps après le suicide de la jeune fille.  Le topo peut être trouvé à l’adresse suivante http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2011/11/30/001-sainte-anne-des-monts-marjorie-raymond-suicide-intimidation.shtml

Ce point d’ancrage a permis de bien asseoir les discussions au niveau des conséquences directes possibles de l’intimidation et de l’impact que celles-ci peuvent avoir sur l’intimidé directement, mais aussi sur l’ensemble de son entourage, et plus largement, de la société dans son ensemble. Le visionnement de cette vidéo a ramené à la mémoire de plusieurs participants des souvenirs de situations qu’ils ont vécues dans leur jeunesse.

 

Des exemples de situation

Une participante a rapporté s’être fait battre tous les jours durant au moins cinq ans sans que rien de concret ne soit fait pour faire cesser l’intimidation dont elle était victime. La direction de l’école devait reconduire la jeune fille jusqu’à sa résidence pour éviter qu’elle soit victime d’intimidation. Le psychologue scolaire lui a été d’une grande aide à l’époque.

Un autre participant a raconté que pendant sa jeunesse il a été victime de taxage. À l’époque, rien n’a été fait pour l’aider. Il a reconnu chez son propre fils aujourd’hui les signes de quelqu’un qui subit de l’intimidation. Il a pu en parler directement avec son fils et trouver des solutions. Il a réglé le problème sans appui ni ressource  extérieurs.

Une personne a raconté que sa fille, qui était étudiante à la polyvalente Mont-Bleu se faisait régulièrement intimidée et battre par un groupe de filles. La situation s’est tellement détériorée que pour protéger sa fille, elle a dû déménager à Québec. La direction de l’école à l’époque n’a pas su poser les gestes qui auraient pu faire arrêter la situation d’intimidation. Une fois rendu dans une autre ville, la situation a complètement arrêté et n’a jamais recommencé. L’arrivée plus tard d’un nouveau directeur  à la même institution a semblé avoir un impact positif sur ce genre de situation. La direction de l’école lui a dit que ce n’était pas dans son mandat de s’occuper de ce genre de dossier. Les ressources présentes n’ont pas su régler le problème selon les dires du participant.

Une autre participante, dont la fille de douze ans fréquentait il y a quelques années la Polyvalente de l’Île, a raconté comme elle s’était fait embarrer dans sa propre case et ensuite battre jusqu’à ce qu’on lui casse un bras. Elle devait courir de  l’école à la maison pour éviter de se retrouver victime de harcèlement. Plus tard le frère de la victime a dû prendre l’habitude d’aller chercher sa sœur à l’école pour la ramener à la maison.

Un participant a pour sa part relaté sa propre histoire où pendant longtemps, étudiant au Collège Nouvelles-Frontières, il a été victime de taxage de la part des plus âgés.

Un autre participant, spécialiste en politiques dans le domaine carcéral,  a raconté comment sa fille, victime d’intimidation, ne recevait pas d’aide de la direction de l’école malgré des appels répétés de la part des parents. Étant familier du domaine, il a su reconnaître les signes de l’intimidation.

Après avoir avisé officiellement la direction de l’école à quelques reprises, la situation n’a pas changée.  Il a dû s’imposer dans le bureau du directeur en le menaçant de prendre des recours légaux contre lui et son incapacité à assurer la sécurité des élèves afin qu’il se décide à enfin bouger. La situation s’est ensuite rapidement corrigée.

 

L’intimidation, un visage parfois étonnant…

Deux participants ont raconté des anecdotes étonnantes. Un, qui a lui-même souffert d’intimidation étant jeune, s’est retrouvé dans un conflit verbal avec un garçon plus jeune et moins costaud que lui. De victime il est devenu l’agresseur présumé et ce rôle, non mérité selon lui, l’a davantage traumatisé à long terme en lui faisant douter de ce qu’il peut faire ou non advenant une situation difficile. Il se questionne sur la frontière entre une discussion enflammée et de l’intimidation.

Une participante a pour sa part raconté que son fils, au gabarit très imposant, s’est fait harcelé pendant plusieurs années sans que personne n’y fasse rien pour faire arrêter la situation. Le garçon, allant même jusqu’à essayer de se blesser lui-même pour ne pas aller à l’école, a beaucoup souffert émotionnellement de cette intimidation pernicieuse. Jusqu’au jour où la goutte a débordé et il a pris les choses lui-même entre ses mains. Aujourd’hui il doit vivre avec des conséquences légales découlant de l’incapacité des autorités à faire arrêter ce manège dont il était victime.


Constatations générales

À ce point de la rencontre, les discussions ont duré pendant au moins une heure et la plupart des participants, de manière parfois empreinte d’émotion, ont raconté leurs histoires personnelles. Ces révélations ont été ponctuées de leur appréciation des forces et des faiblesses, vues du point de vue de la victime ou d’un parent proche.

  • La durée des retombées psychologiques de l’intimidation dépasse souvent la période pendant laquelle un enfant en souffre.

 

  • Pendant la période durant laquelle certains des participants furent intimidés, malgré de nombreux appels à l’aide, peu d’aide efficace a été fournie par l’école.

 

  • Les participants ont l’impression que les directions d’écoles, ainsi que les professeurs se sentent démunis et mal outillés pour répondre aux besoins des enfants intimidés.

 

  • Le type d’intimidation n’a guère changé depuis leur époque, sinon qu’avec internet son expression s’est maintenant élargie au cyberespace.

 

  • Le visage de l’intimidation peut prendre différentes formes, certaines parfois surprenantes.

 

La solution Beauchamp

Les participants ont ensuite pu visionner un reportage relatant les faits saillants du nouveau projet de loi  sur l’intimidation en milieu scolaire déposé par la ministre de l’Éducation, madame Line Beauchamp.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/02/15/004-intimidation-beauchamp-ecole.shtml

Après en avoir été d’abord assez critique, soulignant que ce n’était pas assez et qu’il n’y avait pas de budget, les commentaires des participants se sont relativement adoucis.

Afin de rendre cette loi valable, le Premier ministre devra s’assurer que les autres ministères corollaires soient au diapason.

 

  • Il faut que des cours ou des ateliers soient donnés aux enfants victimes d’intimidation de manière à faire augmenter leur niveau de confiance en soi.

 

  • Le personnel dans les écoles qui doit s’occuper des jeunes devrait avoir de l’appui supplémentaire en termes de compétences. Par exemple en obligeant les étudiants universitaires dans des disciplines pertinentes à effectuer un stage en milieu scolaire.

 

  • Il faudrait intégrer des cours de croissance personnelle dans les programmes académiques afin de les sensibiliser davantage.

 

  • La force d’une loi repose dans ses règlements, attendons-voir ce qui s’en vient!

 

  • La solution ne passe pas en ostracisant l’intimidateur qui en tire une fierté personnelle, il faut plutôt l’éduquer.

 

  • Le problème est devenu tellement important que l’on doit mieux former les profs pour le gérer.

 

  • Il faut généraliser l’utilisation des médiateurs scolaires : des jeunes pour les jeunes et par les jeunes.

 

  • Les parents devraient eux aussi être mieux informés sur l’intimidation ses effets et ses conséquences.

 

En conclusion

 

« Le projet de loi fonctionnera dans la mesure le Premier ministre s’implique personnellement et intègre les autres ministères dans cette démarche. Il faut éviter d’alourdir le processus bureaucratique et plutôt assurer un suivi rapproché au niveau des écoles. Le problème ne vient pas de l’école, mais la solution si! »